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    علم اجتماع الكتابة 2012

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    mimos

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    جديد علم اجتماع الكتابة 2012

    مُساهمة من طرف mimos في الأربعاء 02 مايو 2012, 16:02


    voilà le cour de la sociologie d'écriture pour S 4


    .....1
    Sociologie de l’écriture (texte provisoire)
    Faculté des lettres, Sais-Fès
    Filière des Etudes Amazighes, S4
    El Khatir Aboulkacem

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    .Toute anthropologie comporte une dimension ethnographique, donc
    descriptive, il n’est donc pas possible de parler d’une démarche
    anthropologique sans terrain et sans faits tangibles. L’anthropologie,
    qui est l’observation de l’homme en société, personnifie la culture de
    l’enquête du terrain et fonde sa démarche sur les observations faites
    sur un terrain et sur les « faits » dont la collecte et l’observation
    motivent l’enquête. Il est ainsi difficile de parler d’une anthropologie
    de l’écriture sans pratiques concrètes en rapport avec des situations
    sociales précises. Peut-on donc parler d’une anthropologie de l’écriture
    en milieu amazighe alors que cette culture est souvent qualifiée
    d’orale ? Quels sont les faits qui légitiment cette dénomination et
    motiveraient l’enquête et l’étude ? C’est pourquoi il nous a paru, dès
    l’abord, nécessaire d’exposer rapidement les différentes formes de
    présence de traces écrites dans certaines sociétés amazighes et leur
    évolution durant la période moderne pour montrer qu’il est possible et
    légitime de décrire ethnographiquement de formes variables de pratiques
    scripturaires avec des fonctions et des utilisations différentes.

    Au-delà des inscriptions et des gravures rupestres attestant la présence
    dans le champ culturel ou cultuel de traces écrites depuis les périodes
    les plus reculées de l’histoire, il existait et existe toujours des
    pratiques liées à l’activité scripturaire. Sans parler de l’introduction
    actuelle de l’école et des évolutions vers une intensification de
    l’écriture en amazighe comme conséquence de la construction identitaire
    initiée après l’accès du pays à l’indépendance, certaines régions
    amazighophones renferment des institutions chargées du maintien et de la
    diffusion des techniques de l’écriture et du développement dans de
    situations précises de pratiques scripturaires en amazighe ou en arabe,
    depuis l’avènement de l’Islam.
    Dans ce cadre, nous pouvons signaler
    l’espace éducatif traditionnel (école coranique et médersas rurales) où
    les membres males de la société peuvent acquérir les techniques de
    l’écriture (apprentissage de l’alphabet par assimilation visuelle et par
    écriture) et accéder au savoir traditionnellement fourni consistant en
    la science religieuse et de la langue de la révélation (grammaire,
    lexique, rhétorique…). Outre les écrits liés à cet enseignement
    (manuels, poèmes didactiques…), on rencontre des pratiques typiquement
    locales et que nous allons présenter dans les prochaines séances comme
    l’écriture en
    2
    amazighe en caractères arabes appelé lmazghi et
    la pratique notariale, appelée tawttaqt. L’évocation de ces deux
    pratiques montre en effet l’importance de l’écrit, sa profondeur
    historique (depuis au moins le XVIe siècle) et ses fonctions et usages
    multiples (stratégies d’action des zaouïas, vie juridique pour le
    notarial) et modifie en effet notre appréhension des sociétés amazighes
    qui sont, au moins, des sociétés à littératie (terme utilisé dans le
    champ anthropologique pour désigner tout ce qui rattache à la pratique
    de l’écrit en vue de le distinguer de littérature compte tenu de sa
    dimension esthétique) restreinte. C’est en ce sens que tout propos sur
    l’anthropologie de l’écriture soulève d’abord cette contradiction
    manifeste entre une présence de formes scripturaires et des institutions
    spécialisées et la diffusion et l’entretien de l’idée trompeuse de la
    stricte oralité de la culture amazighe.
    Il est vrai que, dès les
    débuts des enquêtes et des recherches entamées par les observateurs
    occidentaux (Américains et Européens), donc depuis le début de la
    constitution des savoirs sur les sociétés amazighes que nous datons
    communément par le dictionnaire de Venture de Paradis, compilé dans la
    seconde moitié du XVIII siècle, tout un effort a été déployé pour la
    découverte, l’édition, la présentation et l’analyse des écritures en
    amazighe. Si Venture de Paradis avait le mérite de signaler la présence
    de formes écrites en caractères arabes aménagés et nourris de lettres
    persanes, mais qui ne constituent pas son objet d’exploration, d’autres
    auteurs et explorateurs, comme l’Américain Hodgston et le Consul
    français Delaporte, ont cherché à constituer les premiers fonds
    documentaires. Dans ce cadre, Hodgstona a chargé un lettré local de nom
    de Brahim El Massi à rédiger une relation sur sa région natale,le Sous,
    et les pratiques culturelles qui la caractérisent (dans sa description
    des bibliothèques, ce dernier a signalé l’existence des manuscrits
    amazighes en caractères arabes). C’est à travers l’édition de ce texte
    que le consul américain avait pris connaissance de la présence de tarces
    écrites en amazighe et a demandé à un de ses amis et collègues de lui
    en procurer des exemples. Par ailleurs, la présence de Delpaorte à
    Mogador lui a permis de constituer le premier fonds important comportant
    des manuscrits des célèbres auteurs de la tradition de lmazghi comme
    Aznag (XVI) et Awzal (XVIII) et d’autres documents précieux comme les
    lettres commerciales échangées entre les négociants chleuhs.
    La
    présentation et l’édition ainsi que la formulation de remarques et de
    jugements les concernant ne devaient commencer qu’avec le Baron de
    Slane, interprète militaire et arabisant, dans une note sur l’histoire,
    la langue et la littérature du peuple berbère intégrée à sa traduction
    du volume relatif à l’histoire des Berbères de l’historiographe Ibn
    Khaldoun. Mais le contexte de l’époque et les références orientalistes
    et philologiques des principaux chercheurs (après de Slane, signalons
    Dominique Luciani, arabisant et administrateur colonial en
    3

    Algérie qui a traduit le Haoudh de Muhmmad Ou Ali Awzal, Said Boulifa et
    Henri Basset…) qui se sont intéressés à ces pratiques ont fini par
    constituer les écritures en amazighe en genre mineur sans aucune valeur.
    La centration de ces études sur les caractéristiques formelles des
    écritures en amazighe compte tenu, comme on vient de le dire, du
    contexte scientifique de l’époque, a fait émerger des traits qui ont
    contribué à leur écart dans le champ des études amazighes. Elles sont de
    thématiques religieuses, écrites en alphabet arabe avec une présence
    massive des emprunts arabes et souffrent d’une absence totale de toute
    règle orthographique et morphologique. Il en résulte que ces pratiques
    sont considérées comme des désapprentissages des lettrés rustiques et
    une imitation inachevée du modèle arabe construit comme plein et
    immuable par la tradition orientaliste. La position d’un Henri Basset
    est très éclairante dans ce domaine. Il suffit de lire son Essai sur la
    littérature des Berbères pour comprendre l’affirmation de cette idée, ce
    qui a déterminé par la suite leur mise à l’écart dans le champ
    scientifique en formation après l’établissement du Protectorat au Maroc
    compte tenu de la position institutionnelle de celui-ci. Après cette
    date, la culture amazighe s’est représentée comme culture de stricte
    oralité. Cette qualification a logiquement déterminé le choix des sujets
    d’enquêtes et la reconsidération de cette culture durant tous les
    processus complexes de la constitution des savoirs dans la période
    moderne.
    Au-delà du contexte particulier de la mise en route des
    études sur la culture amazighe, les particularités des objets des études
    ethnologiques à l’époque n’ont pas permis de donner une place à
    l’écriture et de l’appréhender en dehors du regard restreint des études
    linguistiques et philologiques. Depuis sa constitution, l’anthropologie
    s’est intéressée aux sociétés autres, dénommées souvent comme sans
    histoire et sans écriture. L’écriture n’étant donc pas un des objets de
    cette science. Il faut attendre les mutations de cette discipline pour
    qu’elle soit confrontée aux problèmes que cette technique ou outillage
    soulève et l’intégrer à ses champs d’étude et d’investigation.
    L’écriture en tant qu’objet anthropologique
    L’écriture s’est progressivement constituée en objet d’étude
    anthropologique après le renouvellement des terrains, des méthodes et
    des objets de cette discipline. Parmi les contributions majeures à cette
    discipline, on citre les travaux de l’africaniste anglais Jack Goody.
    Dans des entretiens accordés à différentes revues comme Vacarmes et
    Débat ainsi qu’à Pierre-Emmanuel Dauzat, publiés sous le titre de
    L’Homme, l’écriture et la mort en 1996, il tenait à expliquer que la sa
    privation des livres pendant une longue période de captivité en temps de
    guerre l’a amené à réfléchir sur l’écriture et ses conséquences. En
    abordant ce
    4
    sujet avec son ami et collègue Ian Watt, ils
    publient leur premier article dans cette entreprise. Depuis « les
    conséquences de l’alphabétisation », titre de cet article, jusqu’à
    Pouvoirs de l’écrit, les formes et les conséquences de l’écriture ont
    constitué l’un des objets fondamentaux de ses réflexions et enquêtes. Il
    n’a pas cessé d’appréhender l’écriture, ses logiques et ses puissances
    en s’appuyant sur ses observations sur le terrain et l’étude de
    l’histoire des sociétés aussi bien occidentales qu’autres. A titre
    d’exemple, il a traité, dans La Raison graphique, sur la logique propre
    des sociétés sans écriture et la manière avec laquelle l’écriture
    permettait une certaine rationalisation. Et dans La Logique de
    l’écriture, il s’est attelé à montrer comment l’invention ou l’adoption
    de l’écriture à influencer les domaines de la religion, de l’économie,
    de la politique et du droit. L’exemple traité est surtout l’Europe
    médiévale. Entre l’oralité et l’écriture s’est intéressé
    particulièrement aux effets de l’écriture sur les genres oraux et
    comment elle contribue à leur transformation.
    Les réflexions sur
    l’écriture et ses conséquences ont amené Goody à reconsidérer les
    représentations faites sur cette technique et ses définitions. Il
    propose ainsi de dépasser la conception simpliste, diffusée
    essentiellement dans le champ des études linguistiques, qui ne voit dans
    cette activité qu’une simple notation de la parole, une transcription
    graphique des énoncés langagiers, et de traiter l’écriture comme une
    puissance qui a des effets majeurs dans l’histoire de l’humanité.

    Pour Goody, l’écriture est plus qu’une notation, elle est une
    technologie de l’intellect, un outillage de l’esprit. L’intellect, comme
    n’importe quelle autre pratique ou art comme la poterie ou le travail
    du métal, a ses propos outils et utilise des techniques et leur
    invention ou adoption a des effets sur le développement, comme par
    rapports aux autres métiers, de la pensée. C’est en ce sens que Goody
    postule que l’invention de l’écriture a des conséquences sur les modes
    de pensée, sur la description et l’usage des langues et sur les modes
    d’organisation de la société. Il dit : « C’est ce lien entre outillage
    de la pensée et manière de penser qui est en jeu dans la notion de
    technologie de l’intellect : l’écriture nous permet des opérations
    cognitives – faire des listes, des tableaux, réexaminer après-coup, etc.
    – qui nous donnent un surcroît d’efficacité intellectuelle, mais
    modifient aussi qualitativement notre compréhension du monde. La culture
    grecque classique, de Platon à Euclide, doit beaucoup par exemple aux
    formes de pensée induites par l’écriture », entretien accordé à
    Vacarmes. Dans ce cadre, il s’est intéressé à tout ce que l’introduction
    de l’écriture implique en termes de changements des formes de cognition
    outre les ceux introduits dans la description des langues (on ne peut
    pas concevoir la description formelle d’une langue sans écriture, aussi
    les usages des langues écrites permettent des communications en dehors
    des échanges mutuels immédiats…) et sur les modes d’organisation
    sociale.
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    L’anthropologie de l’écriture part donc de
    l’hypothèse de l’existence des sociétés de l’écriture historiquement
    constitués et différentes dans leur mode de communication et
    d’organisation des sociétés de la stricte oralité. Elle s’intéresse
    particulièrement à l’étude des relations entre écriture, action et
    cognition pour appréhender comment cette activité est mobilisée comme
    une ressource, quels types de savoirs transmet-elle et quels types de
    preuve ou de position prouve-t-elle ?
    Parmi les objets de
    l’anthropologie de l’écriture, l’étude des conditions prévalant à
    l’émergence de l’écriture dans une société déterminée. L’écriture peut
    être le produit d’une invention, d’une adoption ou d’une imposition. Il
    est admis, d’après les données des recherches archéologiques actuelles,
    que l’écriture est apparue en Mésopotamie. Son invention, au sein de la
    population de langue sumérienne d’une ville appelée Uruk, est au moins
    liée à deux facteurs : le développement de l’urbanisation et les
    contraintes de la comptabilité. En Egypte, les motivations calendaires
    sont souvent citées comme conditions prévalent à son apparition. Quant à
    la Chine, les premières écritures sont liées à des divinations. L’étude
    de l’émergence du principe de l’écriture permet en effet d’appréhender
    comment à un moment donnée de l’histoire une population est amenée, soit
    par voie d’invention ou d’adoption d’un système d’écriture inspirée au
    contact d’une autre population, à utiliser cette technique à des fins
    restreintes ou élargies.
    Dans le cadre de la culture amazighe et
    bien que les Amazighes ont connu et utilisé l’écriture en tifinaghe
    depuis les temps reculés, il est difficile de situer historiquement
    l’émergence du principe de l’écriture et ses conditions de possibilité
    compte tenu du fait de l’insuffisance des données disponibles pour
    formuler une hypothèse convaincante. Ces données (inscriptions,
    épitaphes, usages artistiques ou magiques…), confrontées aux pratiques
    actuelles en présence chez les Amazighes du Sud, peuvent toutefois
    permettre d’aborder quelques usages et fonctions de ces pratiques. Il en
    résulte que les tifinaghes sont réservés à des contextes d’usage
    restreints (hommage aux morts, aveux d’amour, plaques de désignation…).
    Au-delà, l’histoire de l’islamisation et de la pratique de la religion
    musulmane en Afrique du Nord et à l’espace devenu le Maroc après la
    naturalisation dynastique de l’empire chérifien offre plus d’indices et
    d’information pour situer l’apparition de l’écriture en caractères
    arabes, ses conditions d’émergence, les types d’écritures, leurs
    fonctions et usages, les types des savoir qu’ils transmettent ainsi que
    les modes d’accès à l’écriture.
    D’après les informations dont nous
    disposons actuellement, les premières traces de ce genre d’activité
    scripturaire sont à rapporter au contexte des compétitions idéologiques
    et politiques auxquelles l’intégration de la région nord-africaine dans
    la sphère de la civilisation de l’Islam a donné naissance. En effet, le
    débat sur la légitimité et les
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    fondements d’al-khilafa entre
    les différents acteurs en compétition a créé les conditions du
    développement des premiers écrits de ce genre. L’implantation du
    kharidjisme en Afrique du Nord a des effets sur la reconsidération du
    rôle des Amazighes dans l’Islam (ne fondant pas leur opinion sur des
    considérations généalogiques, le kharidjisme offre des champ de
    possibles à d’autres musulmans qui ne sont ni de Koreiche ni de la
    famille du prophète, d’accéder à al-khilafa : tout musulman apte fut-il
    un esclave noir peut devenir khalife) et par conséquent sur leur
    production culturelle. Au-delà de la mobilisation des principaux groupes
    amazighes dans des luttes militaires, le mouvement s’est distingué par
    une intense activité idéologique et religieuse dont une partie est
    rédigée en amazighe. C’est dans le contexte de leur action politique et
    idéologique que le premier texte connu et écrit en amazighe est apparu.
    Et il s’agit du Coran de Saléh Ibn Tarif, qui a commencé ses
    prédications chez les Berghouata, population amazighe habitant la région
    de Tamesna qui s’étend de la rivière de Bouregreg jusqu’à Oumrbiâ, vers
    127 de l’hégire. D’après les termes utilisés par les historiographes,
    qui sont souvent des ennemis doctrinaires des Berghouata, Saléh enseigna
    un nouveau genre d’islamisme et composa pour leur usage un coran en
    amazighe. Quoiqu’on puisse dire de cet acte compte tenu de la divergence
    de la réception historique de la pratique des Berghouata, création
    d’une nouvelle religion, adaptation locale de l’islam ou juste un
    mouvement hérétique dans le cadre du kharidjisme, les Bourghouata
    avaient initié une pratique qui devait par la suite être adoptée et
    adaptée à des contextes d’usage différents. Dans ce sens, l’ibadhisme,
    qui est une doctrine dérivée du kharidjisme, a réussi à dégager ce
    mouvement de l’apostasie et l’inscrire dans le champ des compétitions
    sur le pouvoir et le débat idéologique, ce qui lui a permis de marquer
    la scène religieuse et culturelle de son empreinte. Outre leur volonté
    de positionner les Amazighes dans le champ politique émergeant de
    l’Islam en les dotant d’une assise religieuse et une affiliation
    textuelle légale à travers la diffusion des dictons du Prophète qui
    étalent leurs faits nobles et les présentent comme les sauveurs d’une
    religion en déclin, l’action de ce mouvement s’est caractérisé par une
    intense production littéraire en amazighe. Ainsi, les chroniques
    ibâdites regorgent des informations qui nous permettent de voir comment
    l’action de leurs premières Imamats était très bénéfique pour ce genre
    de production religieuse. A titre d’exemple, les Rustumides, après avoir
    établi l’Imamat de Tahert, ont encouragé l’écriture en amazighe. Abou
    Sahl, savant célèbre classé suivant la hiérarchie de la doctrine dans la
    cinquième classe -tabaqqa- a composé, à lui seul, plus de douze
    ouvrages dans cette langue. Nous pouvons ainsi dire que le mouvement
    kharidjite, inscrit dans un champ de compétition politique et
    idéologique est amené à écrire en amazighe. Ce contexte constitue une
    structure d’opportunité favorable à une propagande et, par-delà, à la
    mobilisation des détenteurs du savoir pour
    7
    la production en
    langues locales. C’est dans ce cadre précis que l’idée d’écrire a émergé
    et cette technique, en adoptant les matériaux de la culture de l’autre,
    a été utilisée à des fins idéologiques et politiques pour la conquête
    du pouvoir.
    Les champs d’investigation et d’enquête de cette
    discipline sont aussi nombreuses que la diversité des actions, nous
    pouvons signalé à titre d’exemple les influences de l’introduction de
    l’écriture sur les différents domaines des activités comme le droit, le
    politique et l’économie, les relations entre oralité et écriture et
    comment l’écriture modifie les productions orales, les contacts entre
    l’oralité et l’écriture et leurs effets sur les modes d’organisation
    sociale… On peut également souligner les modes d’accès à l’écriture et
    leurs effets sur la transmission et le monopole du pouvoir lié à la
    maîtrise de cette technique et outillage. Ce dernier objet constitue une
    entrée capitale pour appréhender les champs de possibilité que la
    distribution sociale des moyens d’accès et d’acquisition offre à
    certaines catégories plus que d’autres dans le cadre de la mobilité
    sociale et la consolidation des conditions de la domination. En
    l’articulant avec les types de savoir que les genres d’écriture dans une
    société donnée transmettent, l’étude de cet aspect de l’écriture peut
    offrir des éléments importants dans la compréhension des compétitions
    sociales et des inégalités d’accès aux ressources disponibles de
    pouvoir. A titre d’exemple et considérant la situation éducative
    actuelle au Maroc, il est possible de comprendre pourquoi le système
    éducatif, fondé sur l’enseignement des savoirs qualifiant en arabe au
    niveau du fondamental, produit de l’exclusion parce que la langue des
    savoirs requise pour l’accès au marché du travail est le Français, qui
    n’est normalement disponible que dans le privé où les classes dominantes
    ont leurs habitudes scolaires. La stratification des écritures dans une
    société, où la mobilité est organisée sur une hiérarchie entre les
    différents systèmes en présence, produit nécessairement de la
    stratification sociale. C’est pourquoi la distribution spatiale et
    sociale des institutions nous renseigne sur les moyens mis en place pour
    étendre ou restreindre l’accès aux techniques et aux outillages qui
    permettent la mobilité et la promotion sociale ou, au contraire,
    dressent des barrières devant certaines catégories de la société.
    8
    Introduction à une anthropologie de l’écriture en milieu amazighe
    Toute introduction à l’anthropologie de l’écriture en milieu amazighe
    qui envisage la mise en application de quelques techniques et méthodes
    de la sociologie de l’écriture sur les faits scripturaires attestés
    devrait s’intéresser aux conditions de possibilité de l’écriture dans
    certaines sociétés amazighes, leurs fonctions et usages, les modes
    d’accès et les types des savoirs que chaque type transmet.
    Mais dans
    ce cours nous allons nous limiter seulement aux modes d’accès à l’écrit
    et à l’acquisition des écritures dans les sociétés amazighes avant
    l’introduction de l’école moderne avec le Protectorat et la diffusion
    des autres types d’écriture et des savoirs qui leur sont associés. Il
    s’agit donc des institutions communautaires chargées de la transmission
    des techniques de l’écriture et des savoirs liés à l’Islam.
    Histoire
    Dans sa préface au livre sur le côté savant de la région de Souss,
    intitulé sus al-‘alima/le Sous savant, Mokhtar as-Soussi observe que la
    campagne marocaine n’a pas bénéficié de recherches et d’études centrées
    sur sa contribution à l’histoire culturelle du pays. Depuis, les
    documents accumulés sont aussi variés que riches et peuvent permettre
    une étude de la genèse des institutions scolaires dans la région.

    Dans l’islam, religion messianique basée essentiellement sur le livre et
    son enseignement, l’expansion s’est accompagnée d’un processus
    parallèle d’implantation des centres de diffusion, de transmission et de
    concentration de la culture lettrée. Il est alors difficile d’imaginer
    des conversions successives sans un effort de fondation d’institutions
    scolaires. Enseignement et religion sont en effet étroitement imbriqués.
    Dans la majorité des agglomérations rurales ou urbaines, et même dans
    des campements nomades, sont construites ou installées des écoles
    coraniques où l'on peut apprendre à lire et à écrire le Coran et,
    parfois même, des rudiments de grammaire et de certaines branches des
    sciences religieuses. Par ailleurs, l’enseignement supérieur demeure la
    spécialité de certains centres, en particulier dans les cités urbaines
    contrôlées et gérées par les instances dépendantes des pouvoirs centraux
    en place. Mais certaines régions périphériques, ayant une histoire et
    des conditions sociales particulières, échappent à cette norme et
    abritent des établissements de l’enseignement supérieur. Parmi ces
    régions, la région de Souss présente un cas particulier. Cette région
    est dotée, depuis au moins le Xe siècle, de foyers abritant
    l’enseignement des principales branches de la culture savante. Leur
    présence remonterait, d’après des faits historiques attestés, à la
    période pré-almoravide.
    D’après Mohamed Mokhtar As-Soussi, auquel on
    doit beaucoup dans ce domaine, la fondation de l’école des sciences
    religieuses d’Aglou, dans la région de Tiznit, inaugurait l’implantation
    durable de ces institutions.
    9
    Elle pourrait même être l'un des
    premiers établissements de ce genre au Maroc. Même s’il est difficile
    de déterminer la date exacte de sa construction, elle remontait sans
    aucun doute à une période antérieure à l’avènement des Almoravides
    (début du XIe siècle). Le rôle fondamental de son maître Sidi Waggwag et
    de son disciple Abdallah ben Yacine al-Jazuli at-tamanarti (m. 1059)
    dans la naissance et l’essor de ce mouvement de moines-guerriers atteste
    sa présence en tant que foyer de diffusion de la culture et, selon les
    logiques classificatoires de ces établissements, sa constitution en une
    université rurale. A cette époque, elle forme donc un établissement de
    l’enseignement supérieur. Elle fut construite, d’après le Cadi ‘Iyad, «
    dans le Souss pour l’étude et l’exercice de piété ». Le fait qu’Abu
    ‘Amran al-Fassi, en tant qu’autorité scientifique et maître à Kairouan,
    ait recommandé au chef des tribus Sanhadja, Yahia Ben Ibrahim el-Gdali,
    d’aller chez Sidi Waggwag chercher un étudiant versé dans la science
    religieuse en vue de l’engager comme lettré, est à porter également au
    crédit de cette hypothèse. C’est ainsi que ces derniers, les
    Almoravides, ont accordé une place fondamentale dans la hiérarchie
    politique aux savants (fuqaha-s). Abdallah Ben Yacine, après avoir
    conquis le pouvoir, ordonna même la rétribution d’une part des impôts
    légaux collectés aux lettrés de la région en signe de reconnaissance. De
    même, les Almohades (1121/1269), héritiers du pouvoir suprême après de
    rudes controverses religieuses et combats militaires, entreprirent la
    même politique. Leur stratégie fut de mettre à leur service les maîtres
    et élèves de ces écoles, les tolbas. Cette initiative montre, outre
    l’importance de cette classe dans la mobilisation sociale et politique,
    la vivacité de ces institutions dans cette contrée lointaine.
    Les
    institutions sont en nombre de deux : timzgida, en tant que lieu de
    l’enseignement fondamental et de l’apprentissage des principes de base
    de l’écriture, lmdrst, en tant qu’institution de l’enseignement
    supérieur.
    La présentation intéressera essentiellement la situation
    de ces institutions dans la structure sociale, leur mode de gestion, le
    statut des agents qui assurent la gestion et l’enseignement et
    l’identité des bénéficiaires.
    Timzgida
    La timzgida couvre à la
    fois la notion de mosquée et d’école coranique. Elle est édifiée au
    milieu des maisons du village, elle est une construction modeste et
    comporte quatre à six pièces. La plus spacieuse, couverte de nattes et
    récemment de moquettes, est réservée à la prière au sein de laquelle
    peut se trouver un petit magasin où sont stockés les objets nécessaires à
    la toilette mortuaire, il est appelé tahanut n immssirdn. Une autre,
    moins importante, sert de lieu d’ablutions. Une autre, à sa proximité,
    est aménagée pour pouvoir chauffer de l’eau
    10
    pendant l’hiver.
    La quatrième sert d’habitation au lettré. La cinquième est le lieu où
    est assuré l’enseignement élémentaire. Elle s’appelle, selon les
    régions, lehdar ou axerbic. Elle occupe l’espace d’une petite pièce
    rectangulaire de quelques mètres carrés de surface. Adossée souvent à la
    petite chambre du lettré, elle est couverte de petites nattes usées et
    contient une petite construction en pisé dans un coin qui sert de chaise
    au lettré, appelée tisi. Quant à la sixième, elle est la pièce où l’on
    accueille les passagers. Elle se nomme ahanu n ljmaât (La salle de la
    jemâa). Chaque localité, qui correspond à un territoire déterminé,
    possède sa propre ljmaât, formée des représentants mâles des familles
    qui la composent. Elle traite de toutes les affaires matérielles
    (entretien des équipements collectifs comme les rigoles, les fontaines,
    les fougaras, les voies publiques ; répartition des parts d’eau,
    détermination des temps de récolte…) et cultuelles du groupe (mosquée,
    saints…). La timzgida qui est une institution villageoise entre dans les
    attributs de l’assemblée de la localité.
    La gestion de la mosquée,
    qui englobe celle de l’école coranique, comporte deux aspects :
    l’entretien de l’édifice et le traitement du maître. Pour l’entretien,
    l’assemblée désigne une commission ou une personne qui se charge de sa
    gestion matérielle et de ses biens…. La gestion consiste en le contrôle
    de l’édifice et la prévision des travaux en cas de détérioration, la
    surveillance de l’alimentation en bois pour le chauffage de l’eau, la
    définition des besoins de la mosquée en éclairage et en eau des
    ablutions. Quant à la gestion éducative, elle entre dans les
    attributions du lettré, qui est un contractuel de l’assemblée.
    En
    effet, c’est à l’assemblée que revient l’engagement de celui-ci et la
    gestion de sa rémunération et de sa nourriture quotidienne.
    Les
    membres de l’assemblée locale procèdent d’abord à la recherche d’un
    lauréat des universités rurales. Ils choisissent souvent après
    consultation des autorités reconnues. Après de longues discussions, le
    lettré et l’assemblée établissent un contrat qui comprend le prix annuel
    de la rémunération et les charges qu’il devrait remplir. En général, le
    lettré doit assurer toutes les fonctions cultuelles et éducatives. A
    côté de sa fonction d’enseignant, le lettré appelle aux prières, les
    dirige et préside également aux rites funéraires (lecture du Coran au
    chevet de l’agonisant, toilette mortuaire, prière sur le mort,
    récitation des prières sur la tombe). Le prix de son engagement, qui
    varie selon la richesse des localités, comporte, au-delà de sa
    nourriture organisée en tour de rôle réparti sur l’ensemble des foyers
    de la localité, ses honoraires en tant qu’occupant de la mosquée et en
    tant que maître enseignant.
    La timzgida est l’institution éducative
    de base. Les élèves y effectuent, sous la direction du maître, dit
    ttaleb, leurs premiers pas dans l’acquisition des techniques de
    l’écriture et du savoir traditionnel.
    11
    Dans le Sud marocain,
    le modèle adopté a pris en compte les spécificités linguistiques, et
    l’initiation à l’alphabet s’effectue par le biais de la langue
    vernaculaire, le tachelhit. Le système coranique se fonde ainsi sur une
    méthode maternelle, suivant le terme en usage en France au XIXe siècle.
    Dans les premiers jours de la fréquentation de l’école, le lettré
    s’attache, avant tout, à apprendre à l’enfant l’ensemble de l’alphabet
    arabe. Ainsi, tout en procédant à la transcription sur la planchette des
    lettres, il essaie de les décrire, avec un langage familier et proche
    de la perception visuelle pour faciliter leur inculcation à l’élève : il
    dit par exemple : « ughzif a yegan lif » [la lettre ayant la taille
    longue c’est l’alif A]... Cette méthode, qui conseille d’enseigner tout
    d’abord l’alphabet, a reçu l’approbation de certaines autorités
    scientifiques.
    Après l’acquisition de toutes les lettres de
    l’alphabet, le lettré se penche sur l’enseignement des premières suites
    phonologiques pour informer l’élève des formes variables que peut
    prendre une seule lettre dans des contextes différents. Prenons par
    exemple la lettre nun (n) : le lettré dénombre deux façons différentes
    pour la transcrire. Il distingue une nun taxest, ou, pour traduire
    littéralement, une nun sous forme d’une dent, n prenant en effet cette
    forme quand elle est au début ou au milieu du mot ; et une nun iâerreqen
    ou, pour traduire également, une nun (n) profonde. Elle prend par
    contre cette forme à la fin du mot. Cette méthode est très proche de
    celle en vigueur en Kabylie.
    Par la suite et ayant appris les
    éléments essentiels de la transcription et les règles de la
    vocalisation, l’élève commence à écrire lui-même les premiers versets
    énoncés par le maître. Dans les écoles coraniques du Sud marocain,
    l’apprentissage de la totalité du Coran s’organise en deux étapes. La
    première consiste en la mémorisation des chapitres du Coran dans le sens
    inverse du texte coranique (on commence par le dernier chapitre).
    L’élève se réveille tôt et part à la mosquée pour assister à la première
    prière de la journée, sbah. Juste après la lecture du hizb quotidien,
    il rejoint la salle de l’enseignement et commence à assimiler
    définitivement l’ancienne leçon, écrite le jour précédent (la leçon en
    tachelhit est dite tamssirdt, de ssird [laver], parce qu’on procède au
    nettoyage de sa planchette avec de l’eau). Avant la levée du jour, il la
    récite devant le lettré. Si celui-ci juge que l’élève l’a bien
    assimilée, il lui ordonne de laver sa planchette (ad issird taluht).
    Après avoir séché au soleil la face nettoyée, il part s’asseoir au côté
    du lettré pour écrire la nouvelle leçon (taluht n lejdid). Entouré par
    les élèves de tous les niveaux, le lettré, assis sur un banc élevé,
    surveille la séance de l’écriture qui occupe la première partie de la
    matinée. Elle comprend l’énonciation des versets, leur écriture et la
    révision de toutes les planchettes par le maître. Ensuite, les élèves
    s’adossent aux murs et commencent à lire à haute voix pour apprendre par
    coeur leurs nouvelles leçons. Au milieu de la journée et avant de
    partir pour le déjeuner, le lettré supervise ce qu’ils ont appris ou
    leur ordonne simplement de
    12
    suspendre la lecture (« agwel at
    tilwah » [accrochez vos planchettes]). La deuxième séance du jour
    commence après la prière du midi (tizwarn). Elle consiste à s’efforcer
    d’apprendre parfaitement l’ancienne leçon ou la leçon d’hier (taluht n
    idgam) pour se préparer à la réciter tôt le matin devant le lettré. Elle
    finit avec l’appel à la deuxième prière de la journée (takwezin). Si
    les nouveaux élèves partent à la maison, les anciens, avancés dans
    l’apprentissage du Coran, restent pour réviser les premières parties,
    (id lhizb) déjà apprises par coeur.
    lmdrst
    Lmdrst est
    l’institution qui dispense l’enseignement supérieur consistant en les
    études suivant la méthode locale des branches des sciences religieuses.
    Il existe compte tenu des institutions et des personnes chargées de
    l’entretien de cette structure trois types : lmdrst de la tribu, lmdrst
    dépendant de zaouïa et lmdrst fondée et entretenue par une autorité
    scientifique.
    Lmdrst qu’on peut appeler les universités rurales dans
    le Sous sont nombreuses. Indépendantes des mosquées, elles sont
    construites sur le territoire d’une tribu ou d’une fraction. Elles sont
    réservées uniquement à l’enseignement supérieur. La fondation d’une
    Lmdrst naît souvent de la décision d’un clerc, d’un chef de tribu ou
    d’un chef de maison maraboutique ou de confrérie. Après délibération de
    la nécessité de la création de cette institution scientifique, les
    membres de la tribu fixent l’endroit adéquat pour sa fondation, son plan
    et entament, après avoir réuni suffisamment de moyens matériels
    nécessaires, sa construction. Pour l’entretien du maître et des élèves
    hébrgés, la tribu réserve le tiers des impôts légaux sur les récoltes à
    l’école.
    Lmdrst comporte en général des chambres pour héberger les
    étudiants, deux salles spacieuses (une pour la prière et une autre pour
    l’enseignement), une chambre servant de logement au maître, une autre
    pour la femme qui s’occupe du ménage et de la cuisine, une autre pour
    les visiteurs et un dépôt pour conserver les produits alimentaires
    réunis. Elle est à la fois un lieu d’hébergement et d’enseignement. Elle
    forme un microcosme social. Régie par des lois rigides, elle ressemble à
    une petite communauté.
    La gestion matérielle de l’établissement est
    plus délicate par son aspect quotidien et par la nécessité de bien
    maîtriser les dépenses. Chaque jour, le lettré, lamin, ou la commission
    spéciale doivent décider de la quantité suffisante d’orge pour procéder à
    la préparation des repas des étudiants et visiteurs. La préparation de
    la nourriture est assurée selon trois modes différents. Le premier
    consiste à ce que lmderst ait son esclave (tawayya) ou loue les services
    d’une serveuse. L’esclave, considérée comme un bien habous, habite une
    chambre et s’occupe de la totalité du travail domestique de
    l’établissement. Dans certaines
    13
    régions, ce sont les foyers
    qui remplissent cette tâche. Le foyer désigné récupère auprès du
    responsable du magasin la quantité d’orge ou de blé suffisante, il
    prépare le repas et le dépose à l’école. Enfin, les élèves de certains
    établissements préparent eux-mêmes leurs repas. Ils se chargent
    également à tour de rôle, au cas où l’école n’a pas d’esclave ou de
    serveuse, des travaux ménagers du lettré. L’élève dont c’est le tour
    doit nettoyer sa chambre, préparer son petit déjeuner et alerter ses
    camarades du début des cours de la matinée. Si la nourriture du lettré
    n’est pas prise en compte dans la gestion du stock, il reçoit chaque
    mois une somme déterminée d’argent. Il est courant qu’on procède à la
    vente de quelques mesures d’orge pour pouvoir l’approvisionner en
    d’autres produits comme la viande, le sucre et le thé.
    A un âge
    situé entre douze et seize ans (même plus), tout élève ayant appris par
    coeur la totalité du Coran peut s’il le veut ou s’il a les moyens
    suffisants, intégrer lmdrst. Il quitte sa maison pour la science (iffagh
    s lâilm, il est sorti pour la science). Il rentre alors à l’école de sa
    tribu ou d’une tribu voisine. Il peut aussi, s’il est recommandé par
    son ancien maître, aller suivre les cours d’un enseignant réputé dans
    une école lointaine, mais à condition de trouver une place libre pour
    son hébergement. Le candidat peut disposer d’une chambre comme il peut,
    en cas d’affluence, habiter avec d’autres élèves dans une chambre
    collective.
    Dès son admission définitive, l’élève suit
    l’enseignement du maître. En général, lmdrst ne possède qu’un seul
    appelé lefqih. Il peut être aidé par des étudiants ayant déjà assimilé
    parfaitement quelques branches de savoir.
    Une journée d’étude,
    ponctuée par la succession des prières quotidiennes, est répartie sur
    plusieurs séances réservées aux différentes sciences programmées. Elle
    débute après la première prière et finit souvent avec celle de
    l’après-midi. D’autres séances informelles sont programmées pour
    s’exercer sur les leçons à venir et faciliter par la suite le travail au
    maître enseignant. Ainsi, dans quelques écoles de la région, les élèves
    forment des cercles entre les deux prières du soir pour s’initier à la
    prochaine séance. L’instruction s’étale sur une durée d’au moins six
    ans. L’étudiant peut alors demander un papier, écrit par la main du
    maître, certifiant qu’il a suivi un tel programme et appris telles
    oeuvres maîtresses qu’il est autorisé à enseigner à son tour.
    Si un
    étudiant souhaite approfondir son savoir dans une matière que son
    premier maître ne maîtrise pas bien, il a le choix de partir vers une
    autre école. C’est ainsi que se forme une catégorie d’étudiants
    pérégrinants (imsafriyn).
    Une université rurale se caractérise par
    l’existence d’un seul maître. Celui-ci y dirige les étapes de
    l’acquisition. Il met son érudition au
    14
    service d’une
    initiation progressive aux différentes disciplines de la science
    religieuse. L’histoire particulière de cette école rurale et sa
    circonscription spatiale et temporelle en dehors des influences exogènes
    ont produit l’organisation du cycle scolaire en trois étapes
    fondamentales. Mokhtar as-Soussi note que c’est une tradition qui
    remonte aux XIVe et XVe siècles : la période de l’expansion du
    mysticisme et de la culture savante portée par des ruraux au Maroc. Il
    est aussi à noter qu’elle est étendue à toutes les universités célèbres
    de la région. Cette méthode permet à l’étudiant de s’initier
    progressivement à la somme du savoir diffusé. Mené comme au début de son
    instruction coranique à l’aide d’une planchette, il s’attache à y
    écrire les premières notions, formulées en vers, de la grammaire arabe.
    Ces dernières, suivis par une explication en tachelhit faite par le
    maître, doivent être soigneusement apprises par coeur. Ces leçons, qui
    marquent le début de la première étape, traitent des questions de
    langue. Elles sont extraites de l’ajrumiyya et de la lamiyyat al-af’al.
    L’élève apprend aussi quelques principes de Droit contenus dans le livre
    d’Ibn ‘Ashir ainsi que dans son traité sur la doctrine de l’unicité
    (ttawhid). Dans une deuxième étape, il attaque l’alfiyya d’Ibn malik en
    grammaire, et les règles de la langue arabe, la risala d’ibn Zayd en
    droit malikite, le précis de Khalil et les brochures de Malik en
    principes de droit. Il s’initie aussi à quelques textes fondateurs en
    prose et en poésie pour avoir un bagage lexical en langue arabe. Durant
    cette étape, le maître explique et demande aux élèves de réciter les
    explications données et de déterminer la place grammaticale de chaque
    mot dans la structure des phrases énoncées. Dans la troisième étape,
    l’élève se libère un peu de la tutelle du maître et s’attache à une
    étude plus poussée de toutes les matières de la culture savante. Il peut
    d’ailleurs quitter cette école s’il juge nécessaire d’aller approfondir
    sa connaissance d’une matière, ou de plusieurs autres disciplines,
    auprès d’un autre fqih réputé et au sein d’une autre école. La fin des
    études est sanctionnée par l’obtention dune ijaza/licence autorisant à
    son auteur de pouvoir transmettre du maître l’ensemble des matières
    acquises. La licence insère en effet le candidat dans une chaîne de
    transmission. Dans l’espace qui nous intéresse, il peut devenir soit
    ttalb/ maître coranique soit lfqih/enseignant dans une lmdrst et les
    fonctions que la société accordent à l’écriture comme le notarial, qui
    joue un rôle déterminant dans la structure juridique.
    Il apparaît de
    cette présentation que les modes d’accès sont relativement généralisés
    et tout enfant, mâle, dans une localité peut suivre les étapes
    d’apprentissage jusqu’à l’obtention de cette ijaza, si sa famille le
    permet. La distribution spatiale et la prise en charge communautaire
    assurent en effet à tous les membres mâles de la société une égalité
    d’accès, seules les conditions particulières des familles qui décident
    autrement de l’orientation des enfants.
    15



    anazor

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    نقاط : 72
    تاريخ التسجيل : 27/12/2010

    جديد رد: علم اجتماع الكتابة 2012

    مُساهمة من طرف anazor في الخميس 24 مايو 2012, 10:12

    tanmmirt nnun chigan

    abouhoda

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    تاريخ التسجيل : 13/05/2011

    جديد رد: علم اجتماع الكتابة 2012

    مُساهمة من طرف abouhoda في الأحد 01 يوليو 2012, 16:29

    tanmmirt

      الوقت/التاريخ الآن هو الجمعة 24 نوفمبر 2017, 09:38